[tadamon-l] Palestine: 60 ans de colonisation de la Palestine :
retour sur le role du Canada. Hoda Asmar, Historienne...
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Mon Dec 3 22:11:30 PST 2007
À bâbord! 60 ans de colonisation de la Palestine:
retour sur le rôle du Canada
Hoda Asmar, Historienne. Article paru dans À bâbord!
Membre de Tadamon! Montreal.
http://tadamon.resist.ca/index.php/post/981
"Les valeurs d'Israël sont les valeurs du Canada"(1)
Pour comprendre le conflit qui oppose Israël à ses voisins depuis 60 ans,
un retour attentif sur l'histoire de la Palestine et sur l'année 1947
s'impose. Revenir sur la genèse de la solution de partage de la Palestine
historique en deux États, puis en un seul, occupant la population
autochtone, permet d'appréhender un conflit où, pour faire diversion, il
est question de territoires multiples dont les noms changent au gré des
batailles, de divers statuts juridiques incompréhensibles, de frontières
contestées, de haines fratricides ou de guerres de religions. En réalité,
la question palestinienne est d'abord une question coloniale.
D'emblée, l'idéologie sioniste, la nature même de l'État juif exclusif et
la réalité de son implantation montrent qu'Israël ne pouvait être qu'une
entité coloniale oppressive, non démocratique, impliquant expropriations
de terres, déportations de populations et nettoyage ethnique. De plus, le
projet sioniste s'inscrit dans une logique qu'on peut qualifier
d'impérialiste, dans la lignée des politiques occidentales qui se
dessinent après 1945. Dans cette politique, le Canada n'a pas été en
reste. Au contraire, en jouant un rôle actif dans la création de l'État
d'Israël, le Canada participera, comme il l'a fait en Amérique du Nord
avec ses propres populations autochtones, au déni du droit à
l'autodétermination du peuple palestinien.
1945-1947 : les sionistes revendiquent un État juif en Palestine, les
Arabes autochtones résistent, l'ONU tranche
Courant politique né à la fin du XIXe siècle, le sionisme a pour objectif
d'établir un État juif en Palestine. Si le sionisme vise d'abord à
protéger des minorités opprimées en Europe, le postulat de départ de cette
idéologie porte en lui les germes des drames futurs des Palestiniens, la
solution étant de donner « une terre sans peuple à un peuple sans terre ».
Tenir la Palestine comme non habitée par une population valant d'être
considérée relève soit de l'aveuglement (on ignore alors que cette terre
est habitée), soit du racisme (oui il y a là des habitants mais ce n'est
pas un peuple, ce sont des sauvages sans conscience nationale), soit du
colonialisme (il y a là des habitants qu.il faut faire disparaître,
asservir ou civiliser).
Après 1945, alors que les agences sionistes ouvrent depuis le début du
siècle pour encourager l'émigration juive en Palestine, acheter des terres
et faire pression sur les puissances occidentales afin de faire avancer
leurs revendications, la question du devenir de la Palestine se pose à
l'ensemble de la communauté internationale. Les avis sont partagés : les
Palestiniens, les États arabes, de nombreux pays de ce qu'on appelle alors
le Tiers Monde voient dans la création d'un État juif en Palestine une
injustice flagrante qui serait faite aux habitants arabes originels. À
l'inverse, de nombreuses puissances occidentales (URSS comprise) y voient
un moyen de faire avancer leurs intérêts au Moyen Orient. Les conflits
internes, les oppositions et les hésitations au sein même de chaque
gouvernement quant au destin de la Palestine en disent long sur les
politiques étrangères de chaque État, leurs visées globales et les
équilibres qui se mettent en place au sortir de la guerre.
La participation active du Canada dans la solution de partage de la
Palestine en 1947
À l'origine, n'ayant pas de liens historiques avec la région, le Canada
aurait pu rester en retrait dans la résolution de la question de la
Palestine. Or, il a joué un rôle décisif au sein des instances
internationales pour faire triompher la solution du plan de partage.
Le Canada ayant une confiance sans faille dans l'ONU y trouve un espace
pour exprimer ses positions. Son but est d'empêcher que la Grande-Bretagne
(puissance mandataire dépassée et réticente à porter la responsabilité du
partage de la Palestine) ne rentre dans un conflit qui obligerait le
Canada à se confronter aux États-Unis, favorables à la création d'un État
juif en Palestine. En outre, l'influence importante du lobby sioniste sur
le ministère canadien des affaires étrangères constitue un des facteurs
qui expliquent l.implication du Canada en faveur de la création de l'État
d'Israël. Historiquement, les associations sionistes ont exercé une
influence au niveau politique canadien et ont noué des relations étroites
avec la plupart des Premiers ministres. En 1911, le Premier ministre
Wilfrid Laurier avait même proposé de donner une partie du Manitoba comme
région semi-autonome aux Juifs d'Europe Centrale(2).
Pourtant, au Canada comme au niveau international, satisfaire les
revendications sionistes sur la Palestine ne va pas de soi. Alors que les
États-Unis affirment dès 1946 leur soutien à la création d'un État juif en
Palestine, le Premier ministre du Canada, Mackenzie King, plus fidèle aux
positions britanniques, se montre sceptique. Il chargera Lester B.
Pearson, acquis à la cause sioniste et alors sous ministre aux Affaires
étrangères, de représenter le Canada aux Nations unies, mais avouera plus
tard avoir regretté ce choix, étant réservé sur la sagesse du partage. De
même, Élisabeth MacCallum, la spécialiste du Moyen-Orient au ministère
canadien des Affaires étrangères, était opposée au partage, qui
constituait selon elle une agression et une violation de la Charte de
l'ONU.
En 1947, la question palestinienne est remise entre les mains de la
communauté internationale. Une commission onusienne, l'UNSCOP, formée de
11 pays « neutres », sera chargée de proposer une solution pour l'avenir
de la Palestine. Le Canada, qui en fait partie, enverra un juge membre de
la Cour Suprême, Ivan Rand, pour participer aux discussions. Celui-ci
semblait connaître assez mal la situation régionale et sera pris en charge
lors de son voyage en Palestine par les organisations sionistes qui le
convaincront de la justesse de leur cause. Lors des débats à l'UNSCOP,
Ivan Rand jouera un rôle très important dans la promotion de la solution
de partage de la Palestine en deux États et semble même avoir été
l'architecte du tracé des frontières.
Finalement, la solution de partage sera votée par l'UNSCOP, l'ONU étant
ensuite chargée d'élaborer une résolution. Dans cette seconde étape, le
Canada pèsera également dans les débats de manière décisive. L'efficacité
de Pearson à l'ONU permettra de satisfaire les revendications sionistes
tout en réconciliant les positions anglo-américano-soviétiques autour de
l'idée de partage, si bien que les sionistes surnommeront Pearson le Lord
Balfour du Canada ou encore Rabbi Pearson. Selon eux, si Balfour a donné
un foyer aux Juifs, Pearson leur a octroyé un État(3). Or, la solution de
partage « recommandée » par l'ONU est problématique d'un point de vue
légal puisqu'en opposition avec le principe d'autodétermination des
peuples et particulièrement inégale puisque refusée par la partie arabe
qui n'en négociera pas le tracé, tracé très favorable à la partie
juive(4). Ainsi, loin d'ouvrer pour une position de compromis qui
apaiserait la situation et n'impliquerait pas l'injustice conduisant
indubitablement à la guerre, Pearson, au nom du Canada, choisit la
solution de partage dont même le tracé sert les intérêts sionistes.
Tous les efforts des États arabes pour faire barrage à la résolution 181
seront vains et celle-ci sera votée le 29 novembre 1947. Les États-Unis
ouvreront pour obtenir suffisamment de voix favorables, la Grande-Bretagne
s'abstiendra, alors que le Canada votera pour. S'ensuit la guerre de 1948
et la Naqba : 800 000 Palestiniens sont alors expulsés de leur terre et
Israël, victorieux militairement, étend son territoire bien au-delà du
tracé prévu par la résolution 181. Bien que le Canada approuve les
résolutions d'armistice après la guerre, l'approche de Pearson demeure
sans ambiguïté : une solution ne peut être trouvée que si les Arabes
acceptent le fait que l'État d'Israël a été créé pour rester. Au final, ce
que Pearson propose et obtient est que l'État colonial israélien ne soit
plus contesté et qu'on le laisse en possession des gains territoriaux
acquis après la guerre de 1948. Plus aucune mention n'est alors faite d'un
éventuel État arabe comme prévu dans le plan de partage initial(5).
D'hier à aujourd'hui
Il est indispensable de mettre en lumière la genèse de l'État d'Israël et
le jeu des alliances qui se sont construites alors afin de comprendre les
enjeux de ce conflit qui agite le Moyen-Orient et le monde depuis 60 ans.
C'est bien en novembre 1947 que les contours du conflit ont été dessinés,
date que pourtant nul ne commémore (l'OLP a bien décrété que le 29
novembre serait la Journée internationale de solidarité avec le peuple
palestinien, mais qui s'en soucie ?). Le drame historique des Palestiniens
se joue au moment où le 'monde' se met d'accord pour 'recommander' un
partage de territoire qui ne pouvait être viable que s'il y avait
déportation et expropriation. Peu après, l'État d'Israël est décrété en
toute illégalité, combattu par les Arabes, mais finalement imposé par une
victoire militaire à la suite de la guerre de 1948. L'État d'Israël, «
seule démocratie » de la région, installe alors un régime d'apartheid :
séparation, privilèges territoriaux accordés aux Juifs, occupation
militaire, traitement inégal des citoyens, etc. En 1975, même l'ONU
comparera les régimes en Palestine occupée et en Afrique du Sud et en
concluera que le sionisme est une forme de racisme(6).
Ainsi, la création de l'État d'Israël révèle les disfonctionnements même
de l'ONU, censée changer les anciens équilibres au profit d'un monde plus
juste et plus égalitaire. Or, la décision du partage de la Palestine
démontre que les petits États ne réussissent pas à s'imposer et que les
grands continuent à dicter la politique internationale à leur profit, à
partir d'une logique impérialiste et au mépris du droit des peuples à
l'autodétermination.
Pour comprendre aujourd'hui le jeu des alliances et la complicité
internationale à chaque nouvelle agression israélienne, il faut revenir
sur le soutien apporté alors par chacun des États. « Le droit inaliénable
d'Israël de se défendre » prêché par tous les gouvernements canadiens, et
outrageusement à l'été 2006 par les Conservateurs lors de la guerre contre
le Liban(7), découle d'une politique américaine impérialiste qui avait,
dès 1947, choisi son camp.
Houda Asmar
Tadamon! Montréal
Article paru dans À Bâbord !
Revue sociale et politique: Octobre/novembre 2007
* NOTES
1. Discours de l'ancien Premier Ministre canadien Paul martin, 13 novembre
2005 devant l'UJC (United Jewish Communities).
2. Pour le détail des positions des dirigeants politiques canadiens
concernant le sionisme puis Israël, voir H. Hassan-Yari, Le Canada et le
conflit israélo-arabe depuis 1947, Montréal/Paris, L.Harmattan, 1997.
3. S.H. Bessin & D. Kaufman, L'amitié Canada-Israël, Toronto, Comité
Canada-Israël, 1979 et H. Hassan-Yari, op'cit.
4. M. Chemillier Gendreau, « Un titre de propriété inaliénable sur la
terre », Le Monde diplomatique, avril 1999 et
http://www.monde-diplomatique.fr/cahier/proche-orient/reso181
5: A. Dessouki, Canadian Foreign Policy and the Palestine Problem, Ottawa,
A Middle East Research Centre Publication, 1969.
6: Résolution 3379 de l'Assemblée générale, abrogée dans le sillage du
début des négociations entre Israël et l.OLP à Madrid en 1991.
7: H. Asmar, « La tournée de MacKay au Moyen-Orient. Un soutien aveugle du
Canada à Israël », À bâbord ! , # 20, été 2007, p. 12-13. Voir aussi Appel
pour contester la visite de M'MacKay au Moyen Orient, Tadamon! Montréal.
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